Le trompe l'oeil ne passe pas inaperçu... et cette semaine, une journaliste  de Nice Matin est passée sur le chantier.

Voici l'article paru ce matin:

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Philippe Roessler, peintre et bâtisseur de paysages

Transformer un mur aveugle de béton de 100 m2 en percée imaginaire sur le vieux Grasse ?

Ce n'est pas un rêve, mais une réalité... en trompe l'oeil que l'on voit apparaître jour après jour boulevard Victor-Hugo sur la façade d'un des immeubles de Castel Aroma. Un chantier de 12 m de haut par environ 8 m de large, situé face à la parfumerie Molinard.

Depuis la fin février, Philippe Roessler a appris à vaincre le vertige et s'est aguerri à se mouvoir sur un échafaudage. « J'étais mort de peur le premier jour... » confie-il. « Il faut négocier les montées et descentes d'échelle sans se casser la figure. Et sans lâcher le pot qui risque de massacrer le travail ! »

Perché sur les traverses, on l'y voit peindre, du lever du jour au coucher du soleil. Les passants s'arrêtent, lui parlent, commentent l'avancée du chantier.

" J'ai toujours eu mon ange sur l'épaule "

Au loin, il a fait naître les collines et la mer en perspective. Au premier plan, comme un cadre à ce paysage, deux colonnes et un fronton de pierres brunes, qui porte très haut dans un ciel bleu le nom de la ville des parfums.

« Ce que j'aime en vrai, je le fais en faux... J'ai été contacté par le promoteur qui voulait une fresque sur ce mur. Je me suis inspiré de l'architecture de la porte de l'Hôtel-de-Ville, puisqu'on est à une entrée dans l'agglomération... Au ras du sol, j'ai prévu de dessiner des marches sur lesquelles seront posés les instruments symboles de la parfumerie. Des alambics, des bouteilles de parfum, des paniers de fleurs. Quant à la ville, c'est plutôt une vue que l'on a depuis la route de Châteauneuf... » explique le peintre. Il avait aussi un autre projet en tête : « des bouteilles de parfum amoncelées, dont une de 7 m de haut, avec des effets de transparences... »

Alsacien d'origine, cet autodidacte s'est installé dans la vieille ville de Vence. Il a d'abord voyagé, avant de faire les Beaux-arts à Paris. « Je n'aimais pas la vie là-bas. J'ai pris la route avec ma boîte à couleurs et mon papier à dessin et j'ai fait la route. En Angleterre, où j'ai rencontré ma femme, la vie était plus agréable. On s'est installé au pays de Galles à Chester, une très jolie petite ville avec des maisons Tudor et des ruines romaines. Pour faire bouillir la marmite, je faisais des vues que je vendais aux touristes. C'était un peu une ambiance « place du Tertre » ou Saint-Tropez... Je m'amuse tout le temps, les choses que je peins se suivent et ne se ressemblent jamais ».

Sculpteur par passion

En 1981, le couple s'installe à Vence, dont il décore le choeur de la chapelle Saint-Raphaël. « J'ai continué la vente directe dans la rue pour faire vivre ma famille. J'ai toujours eu mon petit ange sur l'épaule. Un galeriste m'a remarqué. J'ai fait des affiches, des restaurations, et on m'a proposé un trompe l'oeil publicitaire. Et aussi de faire les décors et costumes de la Tosca pour Musiques au coeur à Antibes... ça m'a ouvert des portes et me suis mis à travailler pour une clientèle fortunée dont j'ai commencé à décorer les villas. Des chantiers de plusieurs mois souvent, qui m'amènent un peu partout dans le monde où je peins des faux marbres, des perspectives, des décors toujours en trompe l'oeil...»

Autre passion, plus secrète celle-là de Philippe Roessler, la sculpture. Sur bois, sur marbre, sur bronze. « C'est bien moins figuratif. Je les élabore comme des objets de méditation. Je suis parti d'une racine d'olivier, je l'ai reproduite en marbre, on m'a demandé pourquoi je l'avais peinte en blanc !

J'aime les formes abstraites qui se mélangent, utiliser les matières. C'est comme en peinture, plus c'est varié, plus c'est grand, plus c'est difficile, plus j'aime ! »

L'échafaudage devrait être démonté début avril... dès que sera achevée la fresque, protégée par deux couches de vernis. Histoire de contrer les inévitables effets du temps.